Pirates.

Publié le par Elec

LES RADIOS PIRATES

Comment satisfaire sa passion des ondes courtes lorsque l'on souhaite y diffuser ses disques favoris et que l'on a, de plus, très envie de jouer au gendarme et au voleur ?
C'est simple (et interdit) : il suffit de créer sa radio pirate...
Peut-être avez-vous déjà entendu, un dimanche matin, sur une fréquence exotique aux alentours de 6.2 MHz, un émetteur crachouillant "All you need is love" des Beatles, entre deux interventions d'un disc-jockey avec un accent bizarre et une satanée réverbération ? Ne cherchez pas plus loin : il s'agissait d'une radio pirate.
 
La glorieuse époque des radios " offshore "
L'idée de radio pirate date de la fin des années 50 lorsque de drôles de chalutiers désaffectés investissent la Mer du Nord avec, à leur bord, un émetteur de radio à ondes moyennes et, sur le pont, un grand mat d'antenne. Des disc-jockeys remplacent les matelots : ces bateaux abritent des radios "offshore".
La libéralisation radiophonique n'était en effet pas franchement d'actualité. Le monopole d'Etat et le contrôle gouvernemental s'imposait aux médias : les radios étaient bridées et les programmes, monolithiques, n'étaient guère remis en question.
Créer une radio " offshore " en émettant depuis un navire ancré en haute mer, c'était s'affranchir du poids des institutions officielles : depuis une zone de non-droit (les eaux internationales), tous les coups sont permis.
 
La célèbre Radio Caroline
Un vent de jeunesse et de fraîcheur souffle dès lors en Europe. A défaut d'être la première radio "offshore", Radio Caroline devient rapidement la plus connue et son nom évoque encore aujourd'hui de glorieux souvenirs. Ses programmes innovent et étonnent. Une part belle est réservée aux chansons que les jeunes adorent et l'on découvre des styles de présentation rapides et dynamiques venus des Etats-Unis, avec par exemple l'apparition des jingles, jusqu'alors inconnus en Europe.
 
Les pirates sabordés
Ces radios pionnières vont contribuer à faire considérablement avancer l'état d'esprit du public, qui découvre que la radio n'est pas nécessairement figée, mais aussi des gouvernements, qui cherchent à contrôler l'engouement suscité par les radios "offshore". La Grande-Bretagne crée ainsi BBC-1, une nouvelle chaîne de radio très directement inspirée des pirates et qui existe toujours aujourd'hui (avec, ironie du sort, quelques anciens disc-jockeys de Radio Caroline parfois à son micro !). Simultanément, plusieurs gouvernements créent des pressions législatives et réglementaires sur ces radios. Ne pouvant évidemment pas s'opposer aux émissions réalisées depuis les eaux internationales, ils cherchent plutôt à interdire les ravitaillements aux navires et la participation des leurs citoyens à de telles entreprises.
Le bouclage juridique autour des radios "offshore" a eu raison, à la fin des années 60, du procédé. Mais la voie vers une plus grande liberté de ton à la radio était ouverte, et les événements contestataires du printemps 1968 allaient accentuer la tendance. Seule Radio Caroline continua à émettre régulièrement, avec ténacité mais sans grand succès, jusqu'au début des années 90, rattrapée sur son propre terrain par des concurrents privés ou publics mieux armés qu'elle.
 
Les néo-pirates décamétriques
Quelques amateurs d'ondes courtes se sont inspirés de la philosophie des radios "offshore" et ont créé leurs propres stations de radio, avec des bouts de ficelle et du matériel fait maison ou récupéré. De tels passionnés existent toujours et on peut en entendre régulièrement, surtout le dimanche matin, à condition de savoir quelles fréquences écouter. Leur seule motivation est le plaisir. L'activité n'est, bien entendu, pas lucrative, ni politique (contrairement aux "clandestines").
Les émetteurs ne possèdent qu'une faible puissance (quelques Watts, en AM), la corde à linge sert d'antenne et les émissions durent rarement longtemps. La plupart des stations pirates ne diffusent que quelques jours par an. Les programmes sont essentiellement musicaux, avec éventuellement des infos DX. La plupart des signaux pirates ne font pas de mal à une mouche et seuls les rares abus semblent sanctionnés par les autorités.
 
Contacts chaleureux
Les "pirates" adorent recevoir des rapports d'écoute, par l'intermédiaire de boîtes postales, et joignent très souvent un petit mot personnel à la carte QSL. Cet aspect chaleureux du contact avec l'auditeur n'est d'ailleurs pas le moins séduisant du hobby. L'originalité et le clin d'oeil priment : certaines stations ont déjà réalisé des QSL à partir de sous-bocks ou de tickets de métro !
C'est principalement en Grande-Bretagne, en Allemagne et aux Pays-Bas que l'on trouve le plus de stations pirates en Europe. En revanche, des pays comme la France ou l'Espagne n'en comptent aucune, à ma connaissance.
 
Un univers mal connu
Les radios pirates souffrent d'être mal connues et malheureusement parfois confondues par exemple avec les opérateurs peu scrupuleux du 6,6 MHz. N'hésitez pas à promener vos oreilles un dimanche matin aux environs de 6,2 MHz. De mème que les amateurs de champignons connaissent leurs "bons coins", les auditeurs de radios pirates savent qu'ils peuvent surtout les rencontrer le dimanche, principalement entre 0800 et 1300 UTC, sur la bande 6200-6400 kHz. Et, lorsque vous entendrez un émetteur crachouillant "All you need is love", faites-vous votre propre opinion...
 
 
 
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Publié dans Radio.

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